MARTIN
LUTHER est né à Eisleben en Saxe en 1483.
éducation familiale très stricte. Son père,
entrepreneur dans les mines argentifères de la région, le
poussa vers l'étude du droit à l'université
d'Erfurt. A vingt et un ans, Martin décide de devenir religieux
contre l'avis de son père. Ordonné prêtre deux ans
plus tard, puis moine au couvent de Wittenberg, et enfin docteur en
théologie en 1512. Professeur en écriture sainte et
prédicateur, il commente les 150 Psaumes de la Bible, les
épîtres de Saint-Paul et notamment l'épître
aux Romains, devenu depuis un des grands textes de
référence de la Réforme.
A cette époque, la plupart des prédicateurs catholiques
allemands vendaient des indulgences pour financer la reconstruction de
la basilique Saint-pierre à Rome. En échange, ils
absolvaient certains péchés et écourtaient les
peines de purgatoire. Martin Luther, convaincu que c'est la foi qui
sauve et non les "avantages" religieux acquis par l'argent,
rédigea 95 thèses dont le retentissement fut
immédiat en Allemagne et au-delà. Il n'était pas
davantage question, au début, pour le théologien de se
séparer de Rome que de réformer l'église. Mais le
débat suscité par ses thèses le conduisit à
des prises de position qui creusèrent progressivement un
fossé entre lui et l'église catholique.
A trente-six ans, il publie trois écrits. Un appel "A la
noblesse chrétienne de la nation allemande" où il
proclame "le sacerdoce universel" (tous les baptisés, et pas
seulement les clercs, doivent se considérer comme
prêtres). Inutile de préciser que cet ouvrage fut
très mal reçu par la hiérarchie catholique. Dans
"la Captivité babylonienne de l'église", il ne
reconnaît plus que deux sacrements sur quatre : le baptême
et la communion qui commémore le repas de Jésus avec les
apôtres. Il y critique par ailleurs la confession qui est
devenue, selon lui, un moyen d'assujettissement des fidèles.
Enfin, dans "la Liberté du chrétien", il insiste sur le
fait que le croyant ne dépend que de Dieu. Ces trois
écrits furent complétés par un "Traité sur
les voeux monastiques" qu'il rejette pour poser les trois
fondements de la doctrine réformée : l'écriture
seule, sans les rajouts de l'église ; la grâce seule,
c'est-à-dire le don gratuit de Dieu ; et la foi en Jésus
qui, par sa mort, a effacé tous les péchés
humains.
Quelques mois plus tard, une bulle du pape Léon X déclare
hérétiques 40 des 95 thèses. Après avoir
brûlé publiquement l'injonction papale, Luther est
convoqué devant la Diète d'Augsbourg, où il refuse
de se rétracter. Mis au banc de l'Empire, il est soustrait
à la justice par son prince, le duc Frédéric de
Saxe. Au bout d'un an, il revient à Wittenberg d'où il
prend parti dans la guerre des paysans. Il se prononce contre les
positions d'autres protestants qui débordent les siennes et
rédige la charte de la réforme luthérienne sous le
titre "la Confession d'Augsbourg".
Il est mort en 1546. Les deux tiers de l'Allemagne étaient devenus luthériens.
(D'après Jean Delumeau, "Des religions et des hommes".)